Wed, 06 Jul 2022

La Republique centrafricaine (RCA) a sombre dans le conflit en 2013 lorsque les rebelles de la Seleka ont destitue le president de l'epoque, Francois Bozize.

Ces rebelles pretendaient defendre le bien-fonde des griefs que les communautes du nord-est du pays formulaient depuis des annees, à savoir une aspiration au developpement et à une inclusion dans le système politique national.

Dans les mois qui ont suivi le coup d'Etat, des groupes d'autodefense se sont formes, certains ayant des liens avec le president dechu, Bozize, affirmant vouloir defendre les « vrais Centrafricains ».

Lors de mon voyage pour des recherches sur le terrain en 2017, j'ai mene des entretiens avec plusieurs leaders et combattants anti-balaka à Bangui et à Yaloke. Je voulais comprendre leurs motivations ainsi que leur utilisation de la thematique des « vrais Centrafricains ».

J'ai decouvert que cette expression etait couramment utilisee dans les zones rurales et urbaines, et parmi les elites et les gens ordinaires. Toute personne ne correspondant pas à cette description etait consideree comme un « etranger », un mot utilise pour cibler les musulmans et les autres ethnies.

Maxime Mokom faisait partie des leaders anti-balaka que j'avais pu rencontrer. À la mi-mars 2022, il a ete arrête au Tchad et transfere à la Cour penale internationale. Il est accuse de crimes de guerre et de crimes contre l'humanite commis entre 2013 et 2014.

J'habitais non loin de sa maison, dans un quartier où il etait bien connu de tous ; il etait alors marie et avait des enfants. Nous nous sommes rencontres quelquefois pour discuter du mouvement anti-balaka, de ses actions et de son point de vue sur la politique. Mokom occupait alors un poste important en RCA ; il etait egalement notoirement connu comme le neveu de l'ancien president Bozize.

Mais qui est-il vraiment ? La reponse à cette question et la reflexion sur le contexte du mouvement qu'il a fini par coordonner, permettront de clarifier l'objet de son procès prevu dans les mois à venir.

Le contexte politique

Tout d'abord, le contexte politique.

Après avoir perdu le pouvoir en 2014, la Seleka s'est scindee en plusieurs groupes armes aux capacites militaires diverses.

Les anti-balaka se sont regroupes autour de leaders comme Patrice Nagaïssona et Mokom, mais aussi d'autres comme Alfred Yekatom.

Entre 2014 et 2016, les combattants anti-balaka se sont opposes aux groupes de la Seleka pour le controle des routes et des villages dans la province de Nana-Grebizi. Les anti-balaka ont egalement cherche à exercer des represailles à l'encontre de la Seleka et des musulmans centrafricains. Les civils etaient pris entre deux feux. Au fil du temps, les combattants anti-balaka ont attaque tous ceux qu'ils rencontraient : beaucoup ont ete tues et violes. Mokom etait l'un de leurs chefs.

Yekatom a ete arrête en octobre 2018 en RCA et il comparaît presentement devant la CPI. Il fait face à des accusations de crimes de guerre et de crimes contre l'humanite, de 2013 à 2014.

Ngaïssona a ete arrête en decembre 2018 en France. Lui aussi est juge à la CPI pour crimes de guerre et crimes contre l'humanite.

L'arrestation de Mokom est la plus recente. La nouvelle de son arrestation a cree la surprise parce que le mandat a ete tenu secret et en raison des negociations parallèles menees avec les groupes armes qui sont toujours en cours sous l'egide de l'Angola. La question est de savoir si cette arrestation va compliquer un processus de paix au point mort.

Mais son arrestation vient s'ajouter à la liste des coordonnateurs importants qui vont devoir faire face à la justice. Compte tenu de la longue periode d'impunite en RCA, le fait que plusieurs chefs de groupes armes soient juges est une evolution positive. C'est un signal fort que la justice pourrait être rendue.

Ces deux dernières annees, l'actuel president Faustin Archange Touadera s'est positionne comme promoteur de la paix en envoyant constamment des messages dans ce sens. Le fait que ces chefs de groupes armes soient juges joue certainement en sa faveur en ce sens qu'il peut revendiquer qu'il est contre l'impunite avec des preuves à l'appui.

En même temps, il a renforce, par divers moyens, son positionnement militaire comme solution au conflit. Il a, par exemple, sollicite la participation de societes militaires privees russes, ainsi que de bataillons rwandais. Il soutient egalement d'anciens rebelles qu'il juge utiles.

Le conflit qui s'est declenche en 2013 n'a eu de cesse d'evoluer à bien des egards même si le gouvernement et ses partisants ont pris le dessus. De manière generale, les groupes armes subissent une pression enorme, mais ils ne sont pas totalement vaincus.

L'ascension et la chute de Mokom

Le terme « anti-balaka » a deux significations repandues : anti-balaka et anti-balle-AK (47). Balaka signifie machette en sango. Les combattants pretendent donc pouvoir resister à un coup de machette. Parallèlement, il peut signifier « anti-Balle-AK-47 » c'est-à-dire que ces derniers sont aussi capables de resister aux balles que les combattants de la Seleka utilisent : ils sont blindes.

Mokom etait un ancien agent de securite du regime de Bozize et, au moment de notre rencontre, il menait des activites pastorales. Il avait fait construire dans l'enceinte de sa maison une eglise que ses fidèles frequentaient.

Lors de nos entretiens, Mokom s'etait empresse d'affirmer qu'il n'etait pas un neveu direct de Bozize. C'est une affirmation que je n'ai pas pu verifier.

Il avait declare qu'il s'etait engage dans les anti-balaka parce que l'Etat etait absent. Selon lui, l'armee officielle (les Forces armees centrafricaines-FACA) s'est desintegree, lorsque les rebelles de la Seleka ont pris le pouvoir en 2013 ; il avait alors cherche refuge dans un pays voisin.

Il existe, en effet, des rapports faisant etat de plusieurs violations des droits de l'homme lorsqu'ils avaient pris le pouvoir et attestant que la population vivait dans la peur.

À partir de là, il a commence à organiser la resistance avec quelques groupes d'amis, ce qui a marque le debut de son engagement en tant que chef de groupe arme.

En 2017, lorsque nous nous sommes rencontres, Mokom etait toujours considere comme l'un des partisans de la ligne dure du mouvement anti-balaka. Il etait toujours aussi virulent, demandant à la Mission multidimensionnelle integree des Nations unies pour la stabilisation en Republique centrafricaine (MINUSCA) de « chasser les mercenaires etrangers » du pays.

À l'entendre, l'ONU avait echoue à remplir son mandat de protection des civils et les groupes armes continuaient de decimer la population.

Mokom etait toujours soutenu par d'autres combattants anti-balaka que j'avais rencontres en peripherie de Bangui. Suivant leur raisonnement, contrairement à d'autres factions des anti-balaka, Mokom n'avait pas essaye de les transformer en un parti politique.

Très tot, Ngaïssona avait essaye de transformer sa faction anti-balaka en parti politique, tout comme un autre leader moins connu, Sebastien Wenezoui, a tente de transformer sa faction en parti politique.

À l'epoque, ces dirigeants preparaient les elections et tentaient de tirer avantage de leur role dans le mouvement anti-balaka. Mokom n'a, toutefois, pas cherche à gagner des voix sur le plan electoral. Pour ses partisans, c'etait la preuve qu'il etait attache à la cause des anti-balaka, à savoir defendre les Centrafricains plutot que d'essayer d'exploiter leurs griefs, comme l'avaient fait d'autres membres de l'elite.

En 2019, après la signature de l'Accord politique pour la paix et la reconciliation en Republique centrafricaine (APPR-RCA), l'actuel accord de paix signe entre le gouvernement et les groupes armes, Mokom avait rejoint le gouvernement de Touadera en tant que ministre charge du Desarmement, de la Demobilisation et de la Reinsertion. Cependant, les relations etaient tendues entre les deux hommes.

En decembre 2020, Mokom avait rejoint la Coalition des patriotes pour le changement (CPC) dirigee par Bozize, afin de chasser Touadera du pouvoir. La tentative de cette coalition de prendre le pouvoir a ete infructueuse.

La suite des evenements

Hormis son travail en tant qu'agent de securite, Mokom est devenu le reflet d'une vision particulière de la societe centrafricaine, une vision qui pouvait exclure d'autres concitoyens sous pretexte qu'ils ne sont pas de « vrais Centrafricains ». Derrière cela se cachait la recherche d'une purete irrealisable.

Comme le diraient certains Centrafricains, les anti-balaka sont un mouvement. Beaucoup de jeunes ont rejoint les anti-balaka pour plusieurs raisons, comme la protection de leurs quartiers face à une armee qui les a abandonnes et en l'absence d'institutions de securite pour proteger les civils. La thematique du « vrai Centrafricain » les a unis.

Cela met en lumière le fait que les groupes d'autodefense anti-balaka ne se reduisent pas aux dirigeants juges par la CPI, et le fait que les anti-balaka etaient un vaste mouvement fera partie de l'enjeu de ce procès.

Author: Gino Vlavonou - Peace and Securty Specialist, LUniversit dOttawa/University of Ottawa The Conversation

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